mercredi 5 novembre 2008

Lettre à Lapointe

Si j'en crois cette nudité et le désir, cela fait une vie que l'opportunité ne m'avait été donnée; prendre le temps de vitesse, caresser plume et papier pour y allonger des mots secrets, crus ou légers, des mots pour vous.Sous ma main s'échappe l'encre noire qui dessine leur contour, et je la regarde couler sa tache quand j'étouffe en dessous.Qu'est ce que deux nous ? Nous ne savons pas par quel abandon partir, ni quand se taire. Être une fois dans sa vie heureusement sa vie, en quoi exister suffit-il ? Depuis toi, rien ne respirera plus comme jadis, et je porte en moi un oubli.L'enfer, c'était les autres, moins vous. Tout nous travaille, bouscule, palpite depuis qu'un toi a poussé dans ma voix. Le désir, incendie du doute, cogne à mon sang chaque seconde un peu plus. Vous êtes virelangue intime, trompe-oreilles à l'écoute qui vient nouer le front ceint d'une cravate le mot et la chair. Je suis le ravin humide de l'amour, et vous êtes chute en avant. Existe-t-il un autre mouvement ? Vivre c'est s'avoir, une écriture entre nos deux espèces, que recèle la profonde jouissance de vous savoir. Votre bouche est poésie,et ses isocolies percutent la douleur des hectomètres qui séparent mes mains des vôtres. Chaque soir,l'écho de votre peau, chaque matin, l'inexorable.
Dans ce sexe des choses, je veux être la syllabe qui recoudra nos lèvres, embrasser la paronomase de nos regards. L'enfant, le monde, la mort, je suis prêt.
Je voulais vous écrire les feux rouges de Barcelone, les embruns de l'île d'Ouessant, les cadavres exquis que nous ferions au coin du feu quand la terre est gelée. Je ne peux que vous parler de l'Amour.

Aucun commentaire: